Charles Lynch (1736-1796): Le “père” du mot “lynchage”

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Charles Lynch (1736-1796) était un planteur, un juge de paix, et un colonel de la milice (ou patriote) de Virginie. Non content de la manière dont est rendue la justice dans sa juridiction (région) durant les périodes chaudes de la guerre d’indépendance , il décide d’entreprendre une réforme.

Sa réforme donnera lieu à l’instauration des procès expéditifs menant parfois à des exécutions sommaires de ceux que la vindicte populaire désignait comme des criminels. Lors de l’exécution de la sentence, il réunissait la cour, recrutait les jurés et présidait à l’exécution.

Des membres respectés de la communauté compose le jury. Ces “bons citoyens” sont la plupart du temps membres de la “patrouille”, une institution de contrôle social chargée de la chasse à l’homme qui précède bien des lynchages. Dans l’esprit des participants, cette milice revêt un rôle officiel qui s’étend au droit de choisir le sort du captif. 

Les photos de l’époque des lynchages montrent le plus souvent une joyeuse cohue, centrée autour d’un ou plusieurs corps récemment suppliciés. Ces parodies de procès prendront le nom de lynchages ou la « loi de Lynch ». Aux yeux de ses promoteurs, le lynchage prévient l’intervention de la justice, à laquelle on reproche sa lenteur à sévir et son laxisme. Il s’agit donc d’après eux d’une forme de justice, non pas sommaire et expéditive, mais rapide et efficace.

La « loi de Lynch » se répandit dans les territoires de l’Ouest américain et s’y développa jusqu’à l’établissement et la consolidation de l’état de droit en 1783. Bien que devenue illégale en 1783, la pratique se perpétue mais reste pourtant impunie…

William Lynch, l’autre père du mot “lynchage”

Un autre homme avec le nom Lynch a vécu en Virginie à la même époque et a présidé un comité de vigilance. Il s’agit de William Lynch (1742-1820). Ses partisans lui attribuèrent la parternité du mot “lynchage”. William était membre (même chef) d’un comité de vigilance de Pittsylvanie en Virginie. Il faut rappeler que ce sont ces Comités de vigilance, qui donneront naissance au Ku Klux Klan.

Selon la littérature de la guerre révolutionnaire, le capitaine William Lynch (1742-1820), a organisé des groupes de townfolk appelée plus tard “Lynch” Mobs dans le but de rendre justice à des collaborateurs britanniques. Cette manière de prendre en main la justice par ces groupes privés a parfois, conduit à des pendaisons ou «lynchage» sans aucune forme de réel procès.

Bien que William Lynch et cohortes n’étaient pas les premiers vigiles à prendre la loi entre leurs propres mains, ils ont cependant été les premiers à écrire une charte destinée à expliquer les raisons de leurs actions et à justifier les simulacres de procès qu’ils organisaient. Lynch devint ensuite sénateur et mourut respecté de tous. Jusqu’en 1911 , en Caroline du Nord on considérait ces méthodes comme bénéfiques.

D’autres encore attribuaient l’origine du terme “lynchage” à un certain Willy Lynch, auteur d’un texte (1712) expliquant comment ” brider ou (…) anéantir la personnalité des esclaves noirs. 

Toutefois, plusieurs documents existent et prouvent que le terme «loi de Lynch” a été utilisé dès 1782 par Charles Lynch (1736-1796) pour décrire ses actions dans la répression d’un soulèvement soupçonné loyaliste en 1780 pendant la guerre d’Indépendance américaine et ceux qui ont suivi ses traces faisaient partie de la «foule Lynch.»

Que reprochait-on exactement aux victimes?

Si, au départ, cette sanction radicale est appliquée à tous, elle va bientôt devenir l’instrument de la haine raciale. Ainsi des documents rapportent que entre 1882 et 1951 (c’est pendant environ 80 ans), environ 4700 hommes, femmes et enfants Noirs Américains ont été mis à mort en toute impunité et au nom d’une loi non écrite. La plupart de ces lynchages ont eu lieu dans l’État du Sud cotonnier des États-Unis. Par delà la défaite militaire et l’adoption des lois fédérales, le lynchage représente, pour les populations blanches, le meilleur moyen d’assurer la défense de certaines valeurs, en particulier la prétendue supériorité de la race blanche.

Le capitaine W.A. Bridge de la 7ème cavalerie s'était vu confié la mission de protéger Lige Daniels, jeune garçon de 16 ans accusé d'avoir tué une vieille femme blanche, de la fureur  de la foule hostile. Pour expliquer sa défaillance, il affirmera n'avoir pu rassembler à temps les membres de sa compagnie. Le 3 août 1920, un millier d'hommes extraient Daniels de prison et le pendent à un chêne. Ce cliché fut édité en carte postale.

Le capitaine W.A. Bridge de la 7ème cavalerie s’était vu confié la mission de protéger Lige Daniels, jeune garçon de 16 ans accusé d’avoir tué une vieille femme blanche, de la fureur de la foule hostile. Pour expliquer sa défaillance, il affirmera n’avoir pu rassembler à temps les membres de sa compagnie. Le 3 août 1920, un millier d’hommes extraient Daniels de prison et le pendent à un chêne. Ce cliché fut édité en carte postale.

Les lynchages punissent des infractions supposées, le plus souvent des accusations de viol ou de manque de respect à l’égard d’une femme blanche. Mais, un simple regard, une parole peuvent coûter très chers. Comme le souligne Jean-Paul Levet, “chaque attitude, interprétée comme un indice d’affirmation identitaire et donc comme un acte potentiellement subversif, est susceptible de valoir à un Noir un châtiment pouvant aller jusqu’au lynchage.” Par exemple, le Noir ne doit pas regarder dans les yeux un Blanc, ne doit pas s’adresser à lui en premier, ne pas lui répondre d’une voix forte, ne pas regarder une Blanche ou même simplement avoir l’air renfrogné. Bien souvent, le simple fait d’une dispute, des insultes, un témoignage à charge contre un Blanc, pouvait conduire une personne de couleur à la potence.

Les atrocités du lynchage

Les tenants du lynchage invoquent la souveraineté populaire comme source de légitimité. Pratique plébiscitée par le peuple, le lynchage a valeur de loi et doit, aux yeux de ses partisans, être pratiqué et se perpétuer. Quelques parlementaires sudistes (à l’instar de Theodore Gilmore Bilbo) considèrent même le lynchage comme une tradition typiquement américaine et défendent sa nature démocratique. Il faut ainsi attendre 1938 pour que le Congrès daigne étudier un projet de loi anti-lynchage, finalement repoussé au nom de “l’honneur” des Etats du Sud.

En 1934, Claude Neal, accusé du viol et du meurtre d'une femme blanche, fut extrait de sa cellule, puis torturé et tué sur les rives de La rivière Chattahoochee. Son corps, mutilé par la foule, fut traîné jusqu'au tribunal de Marianna, dans le comté de Jackson, en Floride. Enfin, ses bourreaux pendirent sa dépouille à un chêne situé en face du bureau du shérif.

En 1934, Claude Neal, accusé du viol et du meurtre d’une femme blanche, fut extrait de sa cellule, puis torturé et tué sur les rives de La rivière Chattahoochee. Son corps, mutilé par la foule, fut traîné jusqu’au tribunal de Marianna, dans le comté de Jackson, en Floride. Enfin, ses bourreaux pendirent sa dépouille à un chêne situé en face du bureau du shérif.

Les statistiques établies par les opposants au lynchage fournissent des informations précieuses, en particulier le nombre de victimes, les méthodes d’exécutions… Ainsi, pour les années 1906-1907, on dénombre 73 lynchages en 1906 et 56 l’année suivante. La plupart d’entre eux sont perpétrés dans le Sud (à eux deux, l’Alabama et le Mississippi totalisent 43 lynchages), mais aussi dans le Middle West. Parmi les 56 suppliciés de l’année 1907 se trouvent 49 hommes noirs, 3 femmes noires et 4 hommes blancs. 

Les lynchés ont été pendus ou tués par balles, mais d’autres sont brûlés vifs, castrés, démembrés. Au total, jusqu’aux années 1960, environ 5000 lynchages sont perpétrés aux Etats-Unis dont près de 4000 noirs.

Les documents reviennent notamment sur une affaire qui secoua l’opinion : l’assassinat par lynchage de deux couples d’afro-américains (Roger et Dorothy Malcolm, ainsi que George et Mae Murray Dorsey) le 25 juillet 1946 à Monroe, ville située à 70 kilomètres au sud-est d’Atlanta, dans le comté de Walton, en Géorgie. Une trentaine de personnes les avaient extirpés de leurs véhicules. Ils furent ensuite abattus après avoir été attachés à des arbres. Ensuite les corps furent jetés dans les buissons.

L’incident suscita l’indignation du président Truman en personne pour deux raisons. D’abord parce que George Dorsey était un vétéran de la Deuxième Guerre mondiale. Ensuite parce que Dorothy Malcolm était enceinte de sept mois. Truman qui fut le premier homme politique américain à avoir une position ouvertement contre le lynchage, envoya le FBI sur les lieux, mais les enquêteurs fédéraux se heurtèrent à un mur de silence. Leurs meurtriers échappèrent alors à la justice…

Avec la naissance du Ku Klux Klan, les lynchages se multiplient contre les anciens soldats Noirs de l’Union, ceux qui revendiquent des postes électifs ou s’inscrivent sur les listes électorales. Des milliers de noirs, tel pour avoir embrassé une blanche, telle pour avoir refusé de coucher avec son patron Blanc, tel simplement pour avoir répondu. Par exemple, le 20 juin 1921 à Moultrie, on coupa le sexe de John Henry Williams, accusé d’avoir tué un enfant Blanc. On le força à en manger une partie tandis que le reste fut envoyé au Gouverneur Dorsey qui le mangea également. Une centaine de personnes s’amusaient en riant et en se donnant la main autour du feu de camp que formait le corps de l’homme brulé vif. Ce sont tous ces lynchages qui poussèrent à la création de la NAACP en 1909 – NAACP dont fit partie Rosa Parks.

Le lynchage de Thomas Shipp et d'Abram Smith, le 7 août 1930 à Marion, Indiana. Sortis de leurs prisons à Marion, dans l'Indiana, ils sont massacrés.Toute la population assiste à la scène, tandis que des photographes prennent des clichés des cadavres pendus aux arbres. Certains d'entre eux seront ensuite édités en cartes postales.

Le lynchage de Thomas Shipp et d’Abram Smith, le 7 août 1930 à Marion, Indiana. Sortis de leurs prisons à Marion, dans l’Indiana, ils sont massacrés.Toute la population assiste à la scène, tandis que des photographes prennent des clichés des cadavres pendus aux arbres. Certains d’entre eux seront ensuite édités en cartes postales.

Ci dessous, quelques lynchages aux USA:

1889, 23 avril : Sam Holt, accusé de meurtre, brûlé vif.

1899, 7 décembre : Richard Coleman, accusé à tort de meurtre, brûlé vif.

1900, 17 février : Will Burst, 19 ans, fusillé.

1900, 24 mars (Ripley): Louis Rice pendu pour avoir témoigné en faveur d’un autre noir

1900, 11 juin : Deux innocents pendu par impatience.

1901, 3 janvier : George Reed, accusé à tort d’agression puis pendu.

1901, 26 février : George Ward, lynché puis brûlé pendant plus de 2 heures.

1901, 17 mars : Une femme noire exécutée parce que son frère était suspecté de vol.

1901, 19 juin : 2 innocents pendus.

1902, 23 mai : Accusé d’agression, torturé à mort.

1903, 14 juillet : Accusé a tort, fusillé.

1903, 27 juillet : Une femme noire, accusée d’empoisonnement, pendue.

1906, 17 mars (Planquemines) : William Carr fut pendu, accusé d’avoir volé une vache

1910, 25 Mars (Pine Bluff) : Judge Jones, pendu, pour avoir fréquenté une blanche.

1911, 5 août (Demopolis) : Sam Verge fut lynché parce que son frère Richard (recherché en connexion du meurtre de Vernon Tutt) était introuvable.

1912, 23 janvier : 4 noirs, 3 hommes et une femme, furent pendus.

1912, 9 avril : Lynché pour avoir écrit un message insultant à une blanche.

1912, 16 septembre : Un innocent de plus lynché.

1913, 8 février : Deuxième innocent exécuté pour le même crime brûlé vif.

1913, 24 février : 2 noirs lynchés, accusé d’avoir volé des cheveaux.

1913, 12 aout : Un innocent lynché, accusé de tentative d’agression.

1913, 27 aout : Tué pour avoir frappé un blanc.

1913, 20 septembre : Tué pour avoir posé une question.

1913, 22 octobre. (Monroe) : Warren Eton fut pendu pour avoir fait une remarque insultante a une femme blanche.

1914, 16 février (Tampa) : John Richards, lynché, accusé d’avoir insulté une blanche.

1914, 29 avril : Torturé pour avoir embrassé une fille blanche.

1914, 6 mai (Groveton) : Charley Jones fut lynché, suspecté de vol de chaussures.

1914, 14 juillet (Lake Cormorant) : James Bailey fut pendu, accusé du vol de 3 mulets.

1914, 25 novembre (Byhalia) : Fred Sullivan et sa femme pendus, accusés d’incendie.

1915, 24 février : Tué pour avoir embrassé sa petite amie (blanche).

1915, 17 avril (Valdosta): Caesar Sheffield fut lynché pour avoir volé de la viande.

1915, 4 septembre (Dresden) : Mallie Wilson, pendu pour avoir pénétré une pièce occupée par une femme blanche.

1915, 9 décembre : La mère d’un suspect lynché, violée, puis pendue.

1916, 3 janvier : Lynché pour avoir dit « bonjour »

1916, 25 mars : Pendu pour avoir bousculé une fille blanche.

1916, 8 octobre (Dewitt) : Frank Dodd fut pendu pour avoir insulté 2 femmes blanches.

1917, 13 octobre : Pour s’être plaint à son supérieur, il fut mutilé, sa sœur fut violée.

1919, 4 avril : Un soldat noir lynché parce qu’il portait son uniforme.

1919, 29 avril : Lynché pour avoir écrit une note insultante à une femme blanche.

1919, 28 août : Tué pour avoir réclamé un meilleur salaire.

1920, 8 mai : Tué suite a l’impatience d’une femme blanche.

1920, 7 juillet (Durban) : Edwards Roach fut pendu. Accusé d’agression, innocenté après sa mort.

1921, 20 juin : Exemple explicite de torture lors d’un lynchage.

La loi de Lynch (2002)

Qui Etait WILLIE LYNCH?

Willie Lynch et le peuple noir (Extrait du film “Animal”)

Par culture-kamite.com

Sources:

Joël Michel: “La loi de Lynch”, in l’Histoire n°357, octobre 2010

Jean-Paul Levet: “Talkin’ that talk. Le langage du blues, du jazz et du rap.”, Outre mesure, 2010

http://www.werelate.org/wiki/Person:William_Lynch_(29)

http://files.usgwarchives.net/sc/pickens/cemeteries/p242.txt

http://www.afrostyly.com/afro/divers/lynchage.htm

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