Derek Walcott (né en 1930), poète originaire des Caraïbes et prix nobel de littérature 1992

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Poète et dramaturge méconnu du grand public, Derek Walcott, natif de Sainte-Lucie, a reçu en 1992 le Prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre. 

Derek Alton Walcott est né le 23 janvier 1930, à Castries, dans la petite île antillaise de Sainte-Lucie. Dans cette ancienne colonie britannique des îles du Vent, sa famille descend directement d’anciens esclaves africains. Son père, un aquarelliste sans renom meurt alors que Derek et son frère jumeau Roderick ne sont que de très jeunes enfants. 

Sa mère donne alors des cours de couture pour pouvoir l’envoyer à l’école méthodiste. Plus tard, Derek Walcott est envoyé au Saint Mary’s College puis dans l’University of West Indies en Jamaïque. En 1953, Walcott émigre dans l’île de Trinidad-et-Tobago. Il y travaille plusieurs années comme critique d’art et de théâtre. En 1959, il fonde d’ailleurs son propre atelier théâtral, le Trinidad Theatre Workshop, qu’il dirige jusqu’en 1976. En 1981, il participe à la fondation du Boston Playwrights’ Theatre de l’Université de Boston. 

À 18 ans, il avait commencé à rédiger des poèmes qui furent rapidement publiés, notamment avec le recueil 25 Poems. Mais c’est en 1962, alors âgé de 32 ans, qu’il connait le succès avec le recueil In a green night. Plusieurs recueils paraissent dans les décennies suivantes, parmi lesquels : Sea Grapes en 1976, The Star-Apple Kingdom en 1979, The Fortunate Traveller en 1981 ou The Arkansas Testament en 1987. 

En 1990, il fait publier l’œuvre qui l’a rendu le plus célèbre, Omeros, un poème qui reprend, très librement, l’épopée homérique de l’Illiade en la situant entre les Antilles, l’Afrique, Londres ou le Canada. Dans ce recueil, il s’écarte donc des figures classiques de la poésie pour y inclure de la narration. 

“Je ne suis qu’un nègre rouge qui aime la mer,
j’ai reçu une solide éducation coloniale,
j’ai du Hollandais en moi, du nègre, et de l’Anglais,
et soit je ne suis personne, soit je suis une nation.”


En 2004 parait en France, Le chien de Tiepolo, dans lequel il se met en scène et questionne les identités et les cultures à travers le destin du jeune peintre Pissaro qui quitte les Antilles pour aller peindre à Paris. 

Mais Derek Walcott n’est pas qu’un poète, il est également un grand dramaturge. En 1950, sa première pièce, Henri Christophe, raconte en sept scènes l’histoire d’un souverain haïtien. Suivent dans les années 1970 et 1980 d’autres pièces comme Dream on Monkey Mountain ouPantomime. Dans sa pièce Ti-Jean and His Brothers écrite en 1958, l’auteur met en scène l’un des frères du personnage éponyme, Mi-Jean, un homme que la colonisation a beaucoup instruit mais qui ne parvient pas à utiliser ses connaissances dans sa vie quotidienne d’individu colonisé. Cette pièce est symbolique de l’œuvre de Walcott qui s’imprègne de l’histoire, notamment coloniale, et du monde contemporain dans lequel évolue l’auteur. Plusieurs de ses pièces ont d’ailleurs été jouées dans son théâtre. 

Derek Walcott en compagnie de trois autres prix nobel de littérature : Nadine Gordimer, Wole Soyinka et Toni Morrison  © nytimes (300405)

Derek Walcott en compagnie de trois autres prix nobel de littérature : Nadine Gordimer, Wole Soyinka et Toni Morrison
© nytimes (300405)

Walcott alterne ensuite l’écriture et l’enseignement. Il enseigne notamment la littérature à l’Université de Boston et à Harvard à partir de 1981 et vit entre les États-Unis et les Antilles. 

En 2009, il se voit contraint de renoncer au prestigieux poste de professeur de poésie à l’Université d’Oxford suite à un envoi de courriers d’une étudiante au comité de sélection universitaire. Les courriers soulignent qu’il a été accusé de harcèlement sexuel dans les années 80 alors qu’il enseignait à Harvard. Le poste a ensuite été donné à l’écrivaine Ruth Padel mais lui a finalement été retiré lorsque l’on a appris son implication dans la campagne menée contre Walcott. En 2010, ce dernier accepte le poste de professeur de poésie à l’Université d’Essex. 

L’écrivain a donc publié près de vingt recueils poétiques et plus de trente pièces de théâtre. En 1992, Derek Walcott obtient le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre, devenant ainsi le deuxième écrivain noir après le nigérian Wole Soyinka en 1986 à obtenir cette distinction. Grand voyageur, Walcott est avant tout un écrivain très ancré dans les Caraïbes, dans ses paysages, dans ses mœurs et ses mythes. Respectant ainsi l’essence même de la culture caribéenne, Derek Walcott dépeint une identité faite de métissages. 

Dans ses œuvres, il mélange ainsi un anglais soutenu à un parler créole très populaire et se joue des barrières entre Antilles anglophones et francophones. Cette écriture est donc le fruit d’un mélange “entre l’anglais paternel du savoir et le créole maternel de la mémoire”. Dans son discours de réception du prix Nobel, Walcott faisait du métissage entre ces différents mondes et ces diverses cultures une évidence : “Les écrivains de ma génération ont été tout naturellement des assimilateurs”. 

Auteur à la fois drôle et lyrique, inspiré par Shakespeare, Pablo Neruda, Homère, Saint-John Perse ou encore Aimé Césaire, Walcott mêle les traditions et les modernités des sociétés antillaises et de l’écriture européenne. C’est ce mélange qui a fait dire à certains que Walcott était une des voix qui permettait au Sud de prendre sa revanche sur le Nord, au même titre que certains auteurs dits de la « world fiction » comme Salman Rushdie ou Carlos Fuentes. 

En 1997, l’Unesco a créé une collection « Derek Walcott » inscrite au registre Mémoire du monde, reconnaissant ainsi “la valeur sociale, culturelle et spirituelle” d’une œuvre qui “transcende les limites d’une culture nationale”. 

Source: grioo.com

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