Femme et beauté : Le lourd tribut de la séduction

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Un seul grand boubou pour la bagatelle de 200 000 F CFA, une robe à 150 000 F CFA, des chaussures à 60 000 F CFA, voire 100 000 F CFA. Des produits éclaircissants qui coûtent cher et qui doivent les accompagner presque toute une vie et d’autres produits qui auront les vertus de faire grossir le postérieur en passant par les salons de coiffure. Les femmes maliennes, notamment celles des villes payent des frais exorbitants pour une quête inlassable de séduction.

Le mariage est une étape décisive dans la vie de la femme malienne. Les choses semblent encore faciles en milieu rural, mais dans les grandes villes, il coûte cher, très cher. Et ce sont les femmes qui payent les frais de la séduction. C’est plutôt caillou.

En effet, il ne suffit point d’avoir pour prénom, Aissata, fatou, Hawa, Djenèba, Maïmouna ou Jacqueline pour se sentir femme, une vraie femme. Une dame ! Il faut d’abord se sentir capable de séduire des hommes pour croire en sa féminité, pour aspirer à devenir une femme responsable, respectable et respectée ; se marier. Une finalité exigeant un lourd tribut, celui de la séduction.

Un corps artificiel

Ainsi, pour avoir le sourire étincelant et, allumeur, les Maliennes se font traditionnellement marteler la gencive à l’aide d’une dizaine d’aiguilles. Après cette stoïque épreuve, les malheureuses devront attendre plusieurs jours, voire des semaines, avant de pouvoir avaler quelques tartines. Pour avoir une belle coiffure “représentative”, les pauvres doivent encore investir dans l’achat de mèches (cheveux artificiel) et débourser des sommes allant de 10 000 F CFA à 50 000 F CFA pour les soins reçus dans les salons de coiffure. Et ce n’est pas tout, s’il vous plait. Comme l’explique cette jeune secrétaire, “les Maliens ont plus de goût pour les femmes à la peau claire. En plus, une fois la peau éclaircie, elle cache beaucoup d’anomalies dans la constitution physique de la femme” ; alors sus aux produits éclaircissants. On en trouve pour toutes les bourses, de 600 F CFA à 10 000 F CFA. Large choix.

Les consommatrices trouvent sur tous les marchés, des produits éclaircissants, sous forme de savons de toilette et de pommade. (Nous n’énumérons pas les noms de ces produits au risque de prescrire des ordonnances). A tout cela, s’ajoutent les produits cosmétiques : rouge à lèvres, poudre, parfums, shampooings, pommades. Tout ce que nous venons d’énumérer se “consomme” régulièrement et au quotidien. Allez savoir combien coûterait annuellement et par femme tout cet arsenal de “guerre”. Or, jusqu’ici, nous n’en somme qu’à une première phase des préparatifs de la séduction.

L’habit fait partie du moine

Si l’habit ne fait pas le moine comme disait l’autre, il fait bel et bien partie du moine. Aussi, suffit-il pas d’avoir “tout le matériel” pour construire un corps artificiel. L’habillement est un autre aspect clé dans l’inlassable quête de séduction menée par ces femmes. Et ces habits coûtent cher quand bien même il y en a à des prix modestes.

Hélas ! La  modestie n’a pas de place dans la guerre de la séduction. Pour paraître à la mode, il faut porter du satin brodé (le seul boubou coûte entre 90 0000 F CFA et 110 000 F CFA) niaka brodé (70 000 F CFA à 75 000 F CFA), niaka simple (40 000 F CFA) voile suisse (50 000 F CFA), prêt à porter (35 000 F CFA à 75 000 F CFA), jupe ensemble (75 000 F CFA). Et ce n’est toujours pas fini ! A ces coûteux boucliers doivent s’ajouter quelques indispensables les parures : chaînes en or (100 000 F CFA à 150 000 F CFA, même plus) chaînes “garanties” 10 000 F CFA à 70 000 F CFA), boucles d’oreilles, bagues gourmettes en or ou en argent qui coûtent toutes une fortune. Et de plus en plus, apparaissent aussi des “baya” dont le prix peut atteindre les 30 000 F CFA. Après toutes ces étapes, certaines femmes ne sont toujours pas prêtes pour… la “guerre”.

Et que ça balance !

Beaucoup de Maliens, pensent comme ce taximan Mamadou Diallo : “la vraie femme, c’est celle qui a suffisamment de chair par derrière. Les femmes squelettiques ne sont pas intéressantes. Elles vieillissent vite et, selon la tradition, ce sont des porte-malheur dans le foyer.

Ce n’est pas important ce qu’elles peuvent avoir mangé ou bu pour avoir de la masse par derrière. L’essentiel, qu’elles en aient”.

Cette importance du postérieur, les maliennes la connaissent bien. Elles ont ainsi trouvé la solution pour remédier au déficit de “grosseur” par derrière. Depuis quelques années, elles ont découvert sur les marchés des “produits pharmaceutiques” qui auraient la vertu d’arrondir exclusivement le  postérieur. Ces produits baptisés “bobarabani” (grosses fesses) s’arrachent comme des petits pains sur le marché. Et il y en a là encore pour toutes les bourses. Ils engraissent surtout leurs revendeurs, en réalité.

Abdoulaye Traoré, vendeur à Bamako, témoigne : “j’ai plus de 50 variétés de “bobarabani” et ils se vendent comme des bonbons. Je liquide quotidiennement un minimum de 200 plaquettes” (NDLR : chaque plaquettes contient 30 comprimés vendus à 500 F CFA l’unité).

En réalité le plus convoité des “bobarabani”, de provenance nigérienne ou guinéenne n’est autre que le Falbition Ferron fumate. La notice rédigée en anglais ne fait nulle part allusion à un effet grossissant ni de surcroît à une partie exclusive du corps, fût-t-elle le postérieur.

Qu’importe, les Maliennes dans leur obsession de séduire croient aux vertus de ces étranges produits et y investissent leurs économies quand ce ne sont pas celle de “leurs” hommes. Une jeune étudiante à l’ENSUP explique : “pour en avoir consommé, je sais que l’effet de ce produit est réel et efficace. Dans mon cas, 5 plaquettes seulement m’ont suffi pour obtenir ce que je voulais. Mais j’ai remarqué que chaque fois que j’arrête la prise des comprimés, je redeviens maigre par-derrière. Alors, je continue”.

Aïssata, autres étudiante explique : “je n’a pas eu de chance avec le “babarabani”. C’est une question d’organisme. Je ne le supporte pas du tout. Chaque fois que j’en avale, j’ai des sensations de nausées, des vertiges et des douleurs dans les jambes. J’ai aussi une amie à laquelle le “babarabani” n’a pas réussi. Le produit n’a eu d’effets que sur une de ses fesses et l’autre est restée intacte. Actuellement, il y a une disproportion entre ses fesses et elle est obligée d’utiliser des chiffons pour rétablir l’équilibre”.

Qu’à cela ne tienne, au nom de la beauté et de la guerre de séduction, les Maliennes sont prêtes on peut le craindre, à tout et à n’importe quel prix pour “vaincre”. Une guerre sans lois ni interdits.

Et nous ne sommes pas assurés d’être au bout des peines des “janjigi”, les fameuses grandes dames. Leur exemple à largement fait école, même et jusque dans les zones rurales.

Et, dit-on tout ceci du fait des hommes… Nous sommes donc tous responsables ? Bienvenue à l’auto-critique !

Boubacar Sankaré

Source: maliweb

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