“La dernière nuit du Raïs”: Quand l’écrivain algérien Yasmina Khadra se glisse dans la peau de Mouammar Kadhafi (Lire un extrait)

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La dernière nuit du raïs, publié chez Julliard, relate les ultimes heures du «guide de la révolution» libyenne du point de vue de Mouammar Kadhafi lui-même, un personnage tout à la fois «singulier, paradoxal et terrifiant».

Le réalisme est saisissant. L’auteur de Ce que le jour doit à la nuit s’est effacé derrière son personnage. On lit les mots de Khadra, on entend la voix de Kadhafi.

«J’ai écrit La dernière nuit du raïs en état de transe», dit Yasmina Khadra, rencontré à Paris quelques jours après la sortie de son roman. L’écrivain raconte s’être jeté à corps perdu dans sa fiction, comme possédé par son personnage. «J’ai été happé par mon récit», résume-t-il.

Le roman se lit comme une tragédie classique. La règle des trois unités (temps, lieu, action) est parfaitement respectée. Tout se déroule près de Syrte, la nuit du 19 au 20 octobre 2011. Kadhafi va mourir, tué par des Libyens.

«Il y a eu des effets secondaires purement physiques pendant l’écriture», reconnaît l’auteur de L’attentat. «J’étais vraiment Kadhafi!», jure-t-il.

Cela donne des dialogues comme pris sur le vif. «J’étais choqué par ce que disaient les gens qui m’entouraient, j’étais outré par leur insolence, leur insubordination», raconte Yasmina Khadra, qui, l’espace d’un instant, est redevenu Kadhafi et emploie le «je» en lieu et place du dictateur.

«Qui suis-je pour juger?»

La plume de Khadra ne le glorifie pas mais refuse de l’accabler. «Qui suis-je pour juger?», se demande l’écrivain, ancien militaire, officier supérieur de l’armée algérienne.

Ce n’est pas un reportage sur la fin de l’homme qui aura dirigé la Libye durant 42 ans après un coup d’État («un coup d’éclat», dit Yasmina Khadra) fomenté à l’âge de 27 ans, mais pourtant tout semble vrai.

Quand on le lui fait remarquer, Yasmina Khadra sourit. Bien sûr, il s’est documenté sur Kadhafi mais l’essentiel du roman provient de sa seule imagination. «C’est la magie de l’écrivain», dit Khadra qui fait sienne la phrase de Flaubert: «Tout ce qu’on invente est vrai».

En fait, explique Yasmina Khadra, «j’écris pour comprendre».

Il ne s’est jamais rendu en Libye et a croisé l’ex-dictateur qu’une seule fois, de façon protocolaire, lors d’une visite officielle de Kadhafi en Algérie.

Cependant, «j’avais peut-être une légitimité quelque part» pour traiter ce sujet, concède-t-il. «Je suis un bédouin, je suis Maghrébin, je suis musulman comme lui», dit-il.

Certains éléments de la vie de Kadhafi relatés dans le livre sont avérés. Son père inconnu, sa demande en mariage rejetée… Yasmina Khadra a brodé une trame autour de ces événements.

«Je connais un petit peu ce qu’est l’arrogance des nantis arabes et l’attitude qu’ils affichent devant un Arabe démuni», dit Khadra. «Je suis sûr de ne pas avoir été très loin de la vérité» en écrivant la scène terrible du rejet de la demande en mariage. Humilié, en colère, Kadhafi, face à la mer, veut arrêter les flots. Une sorte de rage l’habite et ne le quittera plus.

Sans père, pauvre, méprisé par la bourgeoisie du temps du roi Idriss, «Kadhafi avait le sentiment de n’être rien», analyse Yasmina Khadra. «C’est cela qui l’a poussé à devenir tout», ajoute-t-il.

L’écrivain qui s’est mis dans la peau de Kadhafi n’hésite pas lui-même à se mettre à nu pour éclairer le sens de son travail. Arraché à sa famille, enfermé dans une caserne à l’âge de 9 ans, il explique avoir compris très tôt ce qu’était la «complexité du facteur humain».

«J’ai partagé ma vie avec 600 enfants, des orphelins, j’ai pu observer leurs humeurs, leurs peurs… À 9 ans, j’ai vu ce qu’était l’injustice», dit-il en se remémorant ce passé douloureux.

Alain-Jean Robert

Source: La Presse

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Qui est Yasmina Khadra?

Avec 589 romans, la rentrée littéraire s’annonce comme d’habitude très chargée. Metronews vous présente les ouvrages les plus attendus de la saison. Comme celui de l’écrivain algérien Yasmina Khadra, qui s’est glissé dans la peau de Mouammar Kadhafi au cours des heures ayant précécé sa chute.

► C’est qui :

De son vrai nom Mohammed Moulessehoul, Yasmina Khadra tient son nom d’emprunt des deux prénoms de son épouse. Il a déjà publié une trentaines de romans dans une veine politique et sociale. L’écrivain algérien âgé de 60 ans est notamment l’auteur de la célèbre trilogie contenant Les Hirondelles de Kaboul, bientôt adapté en film d’animation par Zabou Breitman, L’Attentat (prix des Libraires) et Les Sirènes de Bagdad, vendue à des centaines de milliers d’exemplaires. Ses titres Ce que le jour doit à la nuit et L’Attentat ont été adaptés au cinéma. Il a également coécrit le scénario du dernier long métrage de Rachid Bouchared, La voie de l’ennemi.

► Ça parle de quoi :

Un an après le très noir Qu’attendent les singes, Yasmina Khadra attaque de front la rentrée littéraire avec un roman coup de poing dans la peau du colonel Khadafi. “Une plongée vertigineuse dans la tête d’un tyran sanguinaire et mégalomane” selon les mots de son éditeur Julliard, qui devrait permettre d’avoir une autre vision du défunt dictateur libyen. “Les plus grands écrivains se seraient intéressés à son histoire, a expliqué l’auteur à l’occasion du Salon du livre de Bilbao. Tolstoï aurait aimé, Homère ou Shakespeare aussi. Rabelais aurait écrit une trilogie Pantagruel, Gargantua et Kadhafi.”

► L’info en plus :

Yasmina Khadra a essayé de briguer le poste d’Abdelaziz Bouteflika aux élections présidentielles algériennes de 2014 mais il n’a pas obtenu le nombre suffisant de parrainages. “Je pense qu’on m’a barré la route, mais c’était à moi de savoir contourner les obstacles. Par ailleurs, certains de mes comités de soutien étaient infiltrés”, a-t-il affirmé au Journal du dimanche, qualifiant le régime algérien de “zombie et de mort-vivant aux abois”.

La dernière nuit du Raïs, aux éditions Julliard, 216 pages, 18 euros. Sortie le 20 août.

Source: metronews.fr

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