La Playa D.C.: Redécouvrir Bogota

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Présenté en 2012 dans la section Un certain regard du Festival de Cannes, le premier long métrage de Juan Andrés Arango, La Playa D.C., est enfin présenté à Montréal, où vit le cinéaste d’origine colombienne.

Déjà trois ans que ce premier film de Juan Andrés Arango a été tourné en Colombie. Près de 10 ans se sont écoulés depuis le début des recherches qui ont mené à l’écriture du scénario puis à la réalisation du film. Tourné à petit budget avec des acteurs non professionnels, l’oeuvre aborde le thème de l’intégration.

Au fond, Juan Andrés Arango, qui a travaillé comme directeur photo dans quelques documentaires (dont Esperanza PQ, sur des travailleurs guatémaltèques employés par des agriculteurs québécois) et séries documentaires diffusées sur TV5 (dont Adrénaline), a tous les réflexes d’un documentariste.

«J’aime observer avant de raconter une histoire», confirme l’homme de 37 ans, qui vit à Montréal depuis maintenant six ans.

Lorsqu’on lui fait remarquer que justement son film semble à mi-chemin entre la fiction et le documentaire, Juan Andrés Arango acquiesce. «C’est vrai. Je voulais parler de la présence des Afro-Colombiens à Bogota, dit-il. Quand j’étais enfant, il n’y avait pas de Noirs à Bogota. À l’adolescence, j’ai été marqué par leur culture. Plus tard, je me suis lié d’amitié avec un jeune Afro-Colombien.»

Malheureusement, cette communauté marginalisée vit de petits boulots, explique le réalisateur. Avec la population blanche de Bogota, les relations sont tendues.

Arango nous raconte comment, depuis une quinzaine d’années, les Noirs de Colombie ont quitté massivement la côte du Pacifique – aux prises avec une guerre civile, notamment avec les FARC – pour gagner les grandes villes comme Cali et Bogota. «Au fond, je voulais témoigner de la transformation de ma ville», dit-il.

Trouver sa place

Dans La Playa D.C., on suit un jeune homme, Tomas (très souvent filmé de dos), errant dans une ville anonyme, chassé de chez lui par son beau-père, tiraillé entre son jeune frère Jairo, qui meurt à petit feu en fumant du crack, et son frère aîné, Chaco, qui rêve de quitter le pays pour refaire sa vie ailleurs.

Arango ne nomme jamais la ville de Bogota. C’est tout juste s’il fait référence à la ville côtière de Buenventura, que la famille de Tomas a dû quitter. «Peu importe où nous nous trouvons, l’histoire de Tomas est universelle, dit Arango. Mes personnages se trouvent dans un milieu urbain hostile. C’est ça que je voulais montrer.»

Le personnage de Tomas cherchera malgré tout à se faire une place dans la ville chaotique de Bogota. Notamment dans un salon de coiffure, où il mettra son talent de dessinateur à profit en faisant des coupes artistiques au rasoir. «Les Afro-Colombiens accordent beaucoup d’importance à leur coiffure. Ça fait partie de leur identité.»

Autrefois, rappelle Arango, du temps de l’esclavage, les femmes dessinaient des patrons très complexes en tressant les cheveux des filles. Il s’agissait ensuite d’envoyer les filles vers les hommes, à qui ces dessins devaient indiquer le meilleur chemin pour s’évader des mines où ils travaillaient.

Au-delà du thème de l’intégration de la minorité Afro-Colombienne, Juan Andrés Arango voulait aussi aborder la relation fraternelle des trois personnages de La Playa D.C. «Peut-être parce que les pères sont souvent absents dans les familles afro-colombiennes, les relations fraternelles sont très, très fortes.»

Le moteur de l’adolescence

Ses personnages sont tous dans la prime adolescence, une période de vie que le cinéaste apprécie particulièrement. «C’est une période qui me fascine, dit-il. Une période de grands changements, un moment de la vie très sensible où tout est en jeu et où les changements sont radicaux.»

D’ailleurs, les ados seront les vedettes de son prochain film, X 500, du nom d’un village mexicain du Yucatan. Le scénario de cette coproduction Canada-Colombie-Mexique est déjà écrit. Le film choral, qui fera trois récits indépendants sur le thème du deuil, sera tourné l’été prochain.

Comment le film a-t-il été reçu à Bogota? «Très bien, répond Juan Andrés Arango. Surtout dans les quartiers où l’on compte beaucoup d’Afro-Américains, comme Bogota et Cali. Mais ce qui m’a touché, c’est que le film a soulevé un débat sur l’intégration des Afro-Américains, une question qui n’est presque jamais abordée…»

Jean Siag

Source: La Presse

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