LE GRAND SETH

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L’allusion au fer suggère une association de l’idée de route, de chemin, d’expansion, à la guerre. La racine wA est celle qui forme le nom du sceptre wAs. Cette Nubie septentrionale, particulièrement belliqueuse, héritera du nom de Soudan, traduit aujourd’hui par « noir » d’après l’arabe, mais qui dérive en réalité du bassa nsuda « incirconcis ». Le dieu Seth est, du reste, plus généralement associé à cette notion dans les langues de la cuvette congolaise puisque son nom correspond au kikongo sutu « incirconcis », « prépuce », suta « être impatient » (Seth naîtra avant terme).
En wolof, cette notion est rendue par le terme paaxe « incirconcis » qui intervient dans la Passion de Wsir (Osiris) puisque ce mot est formé à partir de pàcc « partie », « section », « division administrative » qui devient pasa « souffrance » en kikongo, pâs « unité administrative » en bassa, à l’origine du mot passion. Les scènes de la smA tawy associant Hr (Horus) et Seth traduisent le nom que porte ce dieu dans les langues du Mandé. Ces langues vocaliseront le nom Seth par sidi « attacher », « lier ». Nous aurons ainsi :- malinké : sidi « attacher », « lier »
– malinké : sidili « attachement », « ligature »
– mandinka (Gambie) : siti « attacher », « lier »
– mandinka (Guinée) : sìdi « attacher », « lier »
– bamanan : sìri « attacher », « entrave », « lier »
– kuranko : kiri « attacher », « lier »
– vaï : kiri « attacher », « lier »
– soussou : xiri « attacher », « lier »
– dyoula : sìri « attacher », « lier »Ce terme élabore le registre de la stérilité :- kulusijalalasiri : impuissance sexuelle
– jalalasiri : insuffisance sexuelle
– wolonugusiri : stériliser les femmes
– lawasirasiri : vasectomie ( lawa = sperme; sira = conduit; siri = attacher).

Le terme siri exprime l’idée d’entrave, qu’elle soit physique ou spirituelle; et se trouve également lié à l’ardeur et à la souffrance. Ceci explique le motif pour lequel on dira lasiri « être ou devenir enceinte » et cèsiri « se mettre avec ardeur au travail ». Le dieu Seth rend compte de l’état qui précède un accouchement et des dangers que cette situation occasionne. Ce travail n’est pas seulement d’ordre physiologique mais s’étend à l’ardeur et à l’épreuve d’une manière générale. Le malinké éclaire le sens de la smA tawy dans la mesure où cette langue traduit siri par « attacher », « lier » et hörö par « libre », deux concepts qui s’opposent, la naissance étant perçue comme une délivrance. Ces deux personnages représentent les deux mouvements antagonistes qui conduisent à la naissance. Le mot kiri, variation dialectale de sìri, signifie aussi « jugement ». Nous le retrouverons notamment avec kirina, le lieu de victoire de Sundjata. Seth et Hr (Horus) font en effet l’objet d’un jugement. Le terme kiri devient krisis « jugement » en grec et forme les mots diakrisis et sunkrisis, des notions que nous aurons présenté dans le livre Km.t : Les Voies du Retour. Cette relation conduit plus généralement à l’idée selon laquelle le jugement a lieu avant la naissance, le cheminenent du Soleil dans la dwA.t, autrement dit dans le ventre de Nw.t (Nout), le Ciel, est à l’image du cheminement de l’enfant dans le ventre de sa mère. Cette correspondance explique pourquoi la notion de chemin est aussi associée à Nw.t (Nout). En Banda, langue négro-africaine, awa désigne « le chemin », « la route », du négro-égyptien wA.t, « chemin », « route ».

Dans le domaine bantou, et notamment en vili, sita signifie « stérile », en bassa sita signifie « soeur »; une relation qui suggère un lien entre Seth et As.t (Isis) associée à la maternité. De fait, ces deux personnages sont les derniers protagonistes de la Passion de Wsir (Osiris)….

Amenhemhat Dibombari
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