Les palestiniens noirs ignorent le racisme

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Gaza City, bande de Gaza – “Hey, chocolat,” “Hey, Cappuccino,” “Hey, Galaxy [marque de chocolat], “Hey, le marron” et “Hey, le noir”, sont des expressions enjouées utilisées par certains à Gaza quand un homme, une femme ou un enfant d’origine africaine passe. Parfois, le racisme est exprimé non-verbalement à travers les regards. Les gazaouites, toutefois, semblent ignorer ce racisme.

Al-Monitor a rencontréé l’activiste politique Samah Al-Rawagh, 33 ans, chez elle et lui a demandée si elle a expérimenté toute discrimination due à la couleur de sa peau. Elle a éclairé le problème. Quand son père, Ahmad al-Rawagh, 80 ans, racontent des incidents qu’il a subis incluant le racisme, Samah était choquée. “C’est la première fois que j’entends de telles histoires de toi,” a-t-elle dit.

“J’ai souffert beaucoup pour dépasser les difficultés causées par la couleur de ma peau. J’ai toujours eu à faire deux fois plus à l’école, au travail et dans la vie, parce que je suis noir,” a déclaré Ahmad.

Il a dit qu’ils étaient originaires du Soudan. Ses ancêtres sont venus au début du 20ème siècle et vécu en Palestine – dans un village appelé Roubin, près de Jaffa – jusqu’en 1948, quand ils ont été forcés à émigrer dans la bande de Gaza. “Mais je n’ai jamais ressenti que je n’étais pas à d’ici. La Palestine est la terre natale que j’ai toujours connue, et c’est une terre natale pour près de 10000 autres personnes noires dans la bande de Gaza.”

Ahmad se souvient quand il était un instituteur dans les années 50, et un de ses collègues a invité tout le monde, sauf lui, à son mariage. “Ce jour-là, je me suis senti embarrassé, et j’ai décidé que personne dans ma famille ne devrait passer par une telle expérience,” a-t-il dit.

Les palestiniens noirs ignorent le racisme

Ahmad, qui a réussi à terminer ses études, a aussi participé aux compétitions de handball à l’étranger dans les années 60. “Je ne voulais pas que la couleur de ma peau soit un obstacle pour moi ou mes enfants. Je les ai mis dans des écoles privées, ainsi, ils n’entendaient rien d’offensant contre eux.”

Samah était d’accord avec son père et a ajouté, “je n’ai jamais ressenti que la couleur de ma peau me rendait différente des autres. J’ai toujours eu les meilleurs jouets et vêtements. J’ai étudié dans une école privée, et je sentais que les gens m’aimaient. Parfois, j’ai entendu des commentaires qui me genaîent, mais c’est la première fois que j’entends parler de la souffrance de mon père.”

Samah n’a pas refusé qu’elle entendait davantage de propos discriminatoires récemment, mais elle a refusé de penser que c’était de la haine. “J’entends des mots comme ‘hey, galaxy.’ Mais parfois, je sens que c’est de la plaisanterie, rarement c’est dans le but de m’harceler,” a-t-elle dit.

Histoire orale

Il n y a pas de sources historiques claires qui parlent de la minorité africaine de Gaza, mais il y a une histoire orale qui traverse les générations. Le journaliste Ali Bakhit, 28 ans, a dit qu’il a appris de son grand-oncle que sa famille était originaire du Ghana.

“Les africains sont entrés en Palestine pendant les conquêtes islamiques, notamment quand le Calife Omar Ibn al-Khattab est entré à Jerusalem, accompagné par de nombreux africains. Les communautés africaines du Tchad, du Nigéria, Soudan et Sénégal sont venus vers la fin du 19ème siècle, soit pour adorer ou pour participer à la résistance,” Bakhit a noté dans un interview avec Al-Monitor.

Selon Gaza through History (Gaza à travers l’histoire), un livre d’Ibrahim Sakik, les familles aisées de la bande de Gaza ont participé à l’esclavage, pendant des siècles. Un autre livre, Delighting in the wealth of Gaza’s History, note que certains résidents du village palestinien Berbera étaient des noirs qui venaient du Maroc.

Al-Monitor a questionné de nombreux historiens sur la minorité africaine, la plupart d’entre eux ont noté qu’il n y avait pas de livres traitant de leur histoire. La majorité des familles noires à Gaza venaient du Soudan et d’Egypte, plusieurs d’entre elles sont venues travailler dans l’armée de l’empire Ottoman il y a des centaines d’années,” a noté l’historien palestinien Salim Moubayed, au téléphone avec Al-Monitor.

Le “quartier noir”

Les palestiniens noirs ignorent le racisme 2Près de la maison de la famille Rawagh, il y a une zone entière dans la rue Jala habitée par les gazaouites noirs. Les gens et les taxis se referrent à elle comme “le quartier noir” ou “le quartier des gens de couleur noire”.

Mohammed Abu Rashed, 13 ans, qui est un joueur talentueux de football et rêve de devenir comme Lionel Messi, a raconté son expérience à Al-Monitor. “A l’école, ils ont dit ‘hey, chocolat,’ mais je ne leur prête pas attention.” Son ami Ahed, 17 ans, l’a interrompu et a dit, “Menteur. Nous en sommes gênés.” Ahed a pointé un garçon blanc avec des yeux colorés ???, conduisant une bicyclette à côté d’eux et a dit, “ce garçon, par exemple, nous dit toujours ‘Hey, Brownie. Hey, chocolat’” Le garçon blanc a souri et répondu, “parce que je t’aime.”

Abed al-Rawagh, 21 ans, qui travaille dans une épicerie à l’entrée du quartier, a dit à Al-Monitor que le racisme affecte son business. “Je ne me sens pas discriminé jusqu’à ce qu’une fille ou une femme blanche vienne faire ses achats dans l’épicerie. Dès qu’elle me voit, elle change d’avis et s’en va. Il y a une croyance très répandue qu’un homme noir pourrait l’agresser. Cela me blesse.”

Le futur

Bakhit, qui vit dans le camp de Nuseirat au centre de Gaza, s’est souvenu d’un incident avec une personne de la sécurité à Gaza après l’intifada de 2007. “Le policier a regardé dans le taxi et a ordonné aux deux hommes noirs à l’intérieur, nous, de sortir. Donc, mon frère et moi sommes sortis, et nous sommes allés vers l’endroit de la fouille. APrès qu’ils se soient assurés que nous n’étions pas suspects, nous sommes rentrés dans la voiture. Je me suis senti insulté. Le chauffeur m’a demandé pourquoi. Je lui ai dit ‘il semble que nous sommes maintenant à Chicago !”

Malgré cela, Bakhit maintient qu’il est content à Gaza et qu’il sent qu’il est d’ici. “Je ne suis pas inquiet de l’avenir de mon fils grandissant dans cette société,” a-t-il déclaré.

Traduction de l’article d’Asmaa al-Ghoul, datant du 4 Novembre 2013

Source: banlieue-immigree.fr

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