Ngola Mbandi Nzingha Bandi Kia Ngola, «la Reine dont la flèche trouve toujours le but »: Elle a défait le colonisateur portugais.

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Certaines personnes ont tendance à vouloir reécrire l’histoire de la traite des esclaves d’origine africaine. Pour ce faire, elles essaient d’insinuer qu’aucun chef africain ne s’était jamais opposé à la traite négrière. Ils y ont tous participé et en ont tire allégrement profit. Une manière de dire aux noirs qui dénoncent cette morbide pratique qu’est le trafic d’être humain qu’ils n’ont qu’à s’en prendre à leurs aieux. Il se dit d’ailleurs que certains descendants de ces esclaves habitant les îles se sont laissés prendre au piège au point d’en vouloir terriblement aux africains.

Sans nier le rôle nocif des collaborateurs africains – l’Afrique ne peut certainement pas en réclamer l’exclusivité, tant ces collabos se trouvent partout – il faut s’empresser de rejeter énergiquement cet abus qui consiste à dédouaner ceux qui ont mis en place des institutions étatiques, administratives et juridiques (Le Code Noir) pour réguler ce commerce ignoble. Aucun historien de ce monde ne peut démontrer qu’il existait des comptoirs commerciaux mis en place par les africains quelque part en Afrique pour stocker et exporter dans le but de vendre un seul des leurs à des étrangers.

Au-delà du refus d’accepter l’inacceptable dédouanement des criminels, il nous faut raconter l’histoire des luttes farouches qu’ont menées les africains partout en Afrique tant contre l’annexion de leurs territoires par les envahisseurs que contre la traite des Noirs. L’une de ces luttes a été menée par la Reine Ngola Mbandi Nzingha Bandi Kia Ngola, nom qui signifie « la reine dont la flèche trouve toujours le but ». Dominant pendant une trentaine d’années l’histoire de l’Angola du 17e siècle jusqu’à sa mort à 82 ans, elle opposa une farouche résistance aux ambitions du Portugal sur son royaume.

C’est en 1482 que les Portugais débarquent sur l’embouchure du fleuve Congo à bord des caravelles de l’amiral Diego Cao. Ils se doutent, à cette époque, de pouvoir y rencontrer d’autres peuples. Deux ans plutard, ils arrivent dans le royaume de Matamba, que les habitants appelaient affectueusement “a-ngola”, qui signifie le pays de Ngola, le nom du très respecté souverain de la région.

Les Portugais furent surpris d’y découvrir un véritable eldorado de huit provinces insolemment fertiles, arrosées de nombreux cours d’eau et dotées d’une agriculture vivrière autosuffisante et d’élevages de bovins. Il furent également surpris par le sens de l’organisation sociale de ce peuple et du degré d’urbanisation du royaume. En effet, les bourgs, parcourus d’allées d’orangers, de grenadiers et de citronniers, étaient reliés par des pistes bien entretenues.

L’un des rares documents conservés de l’époque résume la surprise des portugais et décrit le territoire en ces termes : «l’endroit offrait au voyageur le spectacle le plus brillant et le plus enchanteur. Des vignobles immenses, des champs qui tous les ans se couvrent d’une double moisson, de riches pâturages. La nature semble prendre plaisir à rassembler ici tous les avantages que les mains bienfaisantes n’accordent que séparément dans les autres contrées et, quoique noirs, les habitants du royaume d’Angola sont en général fort adroits et très ingénieux ».

Les Portugais y trouvèrent en effet une population industrieuse occupée à des activités aussi variées que l’artisanat – tissage du velours de raphia, travail de l’ivoire, tannage de peaux, fabrication d’ustensiles en cuivre-, l’extraction minière et le commerce transfrontalier. Mais ce qui retint surtout leur attention, ce furent les diamants charriés par le fleuve Cuanza. Du coup, ils décidèrent de prendre officiellement possession de ce lieu béni au nom de Sa Majesté le roi du Portugal, afin d’en faire une escale d’approvisionnement en esclaves pour la mise en valeur de leur territoire du Brésil.

La déportation massivement des populations locales, leur permis de se rendre plus facilement maîtres des richesses du pays.

Toutefois, même si les visiteurs européens se croyaient autorisés à s’approprier tout ce qui s’offrait à leurs yeux, cette contrée faisait partie intégrante du royaume du Matamba-Ndongo. Et le souverain de l’époque s’étant rendu compte de leurs intentions, en 1575 lança ses soldats contre une colonne des conquistadores portugais.

Pendant plus d’un siècle, ces conquistadores portugais s’éssayeront à conquerir le royaume récalcitrant de Matamba-Ndongo. Les mousquets cracheront du feu contre des guerriers armés de lances et de leur seul courage. Leur conquête sanglante aura en partie raison des courageux guerriers du royaume. Les provinces côtières du royaume tomberont sous le contrôle de portugais et Ndongo fut annexé. Conséquence, le Matamba perd sa façade maritime, ce qui permet aux Portugais de s’emparer de la prospère ville de Luanda à partir de laquelle il intensifieront l’exportation de l’or, du diamant et d’esclaves à destination des plantations américaines.

Matamba, le royaume symbole de la résistance à la pénétration portugaise

Bien que sa superficie ne cessât de se réduire, le Matamba continua sa résistance. A Matamba régnait depuis plusieurs générations la famille de la reine Zingha. A la mort du père, qui fut le 8ème roi du Matamba-Ndongo, en 1617, Mani Ngola, le fils aîné s’empara du pouvoir après avoir fait assassiner le successeur désigné par le défunt.

Pressé de repousser l’avancée portugaise postée à une cinquantaine de kilomètres de Cabasso, sa capitale, Mani Ngola leva trente mille guerriers prêts à mourir en braves pour chasser l’occupant portugais. Mais après plusieurs mois d’une campagne meurtrière où plus de la moitié de son armée fut décimée, le nouveau roi Mani Ngola dut accepter de rediscuter d’un nouveau tracé des frontières.

Il chargea sa sœur, la princesse Zingha qu’il détestait pourtant, d’aller négocier le traité à Luanda. La princesse Ngola Mbandi Nzingha Bandi Kia Ngola était une habile tacticienne au tempérament de fer et au charisme incontesté. Initiée dès le plus jeune âge par son père qu’elle suivait comme une ombre, elle avait appris à réagir en « homme » d’Etat.

Lors du voyage, Zingha était accompagnée d’une escorte de courtisans, de serviteurs et d’un détachement armé.

Avec sa couronne d’or massif sertie de pierres précieuses et surmontée d’une touffe de plumes multicolores formait un petit casque sur sa tête, l’arrivée de la princesse Zingha ne manqua pas d’attirer l’attention d’une foule de curieux pleins d’excitation. Tout en elle traduisait la fierté des femmes de haute lignée.

A son arrivée à Luanda, elle fut surprise par la transformation subies par ce territoire arraché au royaume de ses pères ! En effet, cette contrée affichait désormais des allures de ville européenne avec ses églises, dont la première fut construite en 1505.

Comme indifférente à la curiosité manifestée sur son passage, la princesse observait, de sa litière, l’étrange univers qui se présentait à elle. Les cases rondes de jadis avaient fait place à des habitations colorées entourées de larges balcons et percées de volets en bois. Des ruelles avaient été tracées, où déambulaient de nouveaux types de populations plus métissées. Elle remarqua les nombreuses boutiques de commerçants portugais et l’ostentation de ces quelques Noirs aisés qui avaient troqué leurs costumes traditionnels contre des tenues occidentales.

Elle fut également étonnée de constater le contraste de l’existance d’imposantes demeures en bois abritant les nouvelles élites coloniales, et de hangars à esclaves tournés vers l’Atlantique.

Elle sentit aussi la résignation des gens du petit peuple, arrachés à leurs plantations de vivriers et privés des métiers dont ils tiraient jadis leur subsistance. L’administration à laquelle ils étaient désormais assujettis ne leur reconnaissait qu’un seul statut, celui d’esclave ou de serviteur.

Accueillie au palais du gouverneur par Don Joao Correia da Souza, le vice-roi du Portugal en personne, Zingha fut dirigée vers le salon où devaient avoir lieu les pourparlers. Mais en entrant dans la pièce, elle eut un imperceptible mouvement de raideur. Elle venait d’apercevoir, posés par terre sur un tapis, face à l’unique fauteuil de velours rouge visiblement destiné au vice-roi, deux coussins de brocart frangés de fils d’or. Elle comprit d’emblée que ces coussins lui étaient destinés. Cette différence de traitement suggérant un état d’inféodation lui déplut souverainement. D’un geste sec elle ordonna à l’une de ses suivantes d’approcher.

La servante n’eut point besoin d’explication pour comprendre le courroux de sa maîtresse. Elle se mit précipitamment à genoux sur le tapis et, prenant appui sur ses coudes, pencha le buste en avant et lui présenta son dos. Zingha se posa sur ce fauteuil improvisé et y demeura pendant toute la durée de l’entretien. Ce qui provoqua un bourdonnement d’effarement de la part de l’assemblée des officiels portugais.

Les chroniques portugaises de l’époque rapportent que son sens de la répartie et son habileté politique dominèrent entièrement la rencontre. Elle ne céda en effet en rien sur ce qui semblait relever de la dignité de son peuple et parvint à obtenir le recul des troupes étrangères hors des frontières antérieurement reconnues et le respect de la souveraineté du Matamba.

A la fin de la négociation, le vice-roi proposa que le Matamba se mette sous la protection du roi du Portugal. Cette proposition sous-entendait en réalité que le royaume de Matamba devait dorénavant payer un impôt de vassalité consistant en la livraison de douze à treize mille esclaves par an à l’administration coloniale ! A cette proposition indécente à ses yeux , Ngola Mbandi Nzingha Bandi Kia Ngola répondit ceci:

«Sachez, Monsieur, objecta-t-elle, que si les Portugais ont l’avantage de posséder une civilisation et des savoirs inconnus des Africains, les hommes du Matamba, eux, ont le privilège d’être dans leur patrie, au milieu de richesses que malgré tout son pouvoir, le roi du Portugal ne pourra jamais donner à ses sujets. Vous exigez tribut d’un peuple que vous avez poussé à la dernière extrémité. Or vous le savez bien, nous paierons ce tribut la première année et l’année suivante nous vous referons la guerre pour nous en affranchir. Contentez-vous de demander maintenant, et une fois pour toutes, ce que nous pouvons vous accorder».

Alors qu’elle prenait congé, Da Souza fit remarquer, non sans une certaine gêne, que la jeune servante utilisée comme tabouret n’avait toujours pas quitté sa pose. Avec hauteur, Ngola Mbandi Nzingha Bandi Kia Ngola lui répondit:

«L’ambassadrice d’un grand roi, répondit Zingha avec hauteur, n’utilise jamais deux fois la même chose. Cette fille m’a servi de siège. Elle n’est plus à moi !»

Voici donc comment en cette année 1622, Zingha fit une entrée remarquée dans l’histoire tourmentée des relations entre le Portugal et l’Angola. Cette la paix-là ne dura malheureusement pas. Succédant à son frère en 1624, cette femme d’exception résista aux armées occidentales pendant trente ans de campagnes quasi ininterrompues, sans jamais capituler !

Ralliant à sa cause plusieurs Etats voisins, elle prit alors le flambeau de la résistance. Elle réorganisa son armée en carrés disciplines, aguerrit ses soldats par des exercices d’endurance comme elle l’avait vu faire chez les Européens. Elle incita les régiments africains bien équipés enrôlés dans l’armée d’occupation, à rejoindre ses troupes en échange de terres et de fortes récompenses. Elle lança également sa police secrète sur le port de Luanda pour espionner les débarquements de troupes fraîches en provenance de Lisbonne ou du Brésil. Utilisant la nature à son profit en choisissant les saisons porteuses de malaria pour harceler les forces adverses épuisées par des fièvres auxquelles elles n’étaient pas habituées.

A soixante-treize ans Ngola Mbandi Nzingha Bandi Kia Ngola continuait de conduire ses troupes entre montagnes, forêt et savanes afin que pas une once de son royaume ne s’émiette.

N’en pouvant plus d’essuyer des échecs face à ce genie militaire hors du commun, ce roc indestructible, les portugais pensant pouvoir ruser avec la Reine Nzingha, lui envoyèrent un émissaire lui proposer de mettre fin à la guerre à condition que cette dernière se soumette à la couronne royale du Portugal et accepte de payer des impôts. Irritée par cette nouvelle proposition indécente, Nzingha répondit en ces termes:

«Étant née pour diriger mon Royaume, je n’ai pas à obéir ni à reconnaître un autre souverain et passer de Reine absolue à employée ou esclave. Si les Portugais veulent de moi une donation chaque année, qu’ils en fassent de même, et ainsi nous serons égaux dans la courtoisie». 

Le nouveau gouverneur Salvador Corréia, sans doute plus clairvoyant que ses prédécesseurs, avait compris qu’une guerre interminable ne serait profitable à aucune des deux parties. Il proposa donc aux Portugais de renoncer à leurs prétentions sur le Matamba et un dernier traité fut ratifié le 24 novembre 1657 par Lisbonne.

La paix revenue, Anne Zingha se remit aux occupations quotidiennes de sa charge, releva l’agriculture et réorganisa la société en confiant de nouvelles responsabilités aux femmes du royaume. Avant sa mort le 17 décembre 1664, à l’âge de quatre–vingt deux ans, la reine Ngola Mbandi Nzingha Bandi Kia Ngola murmur ace derniers mots : « Mon seul regret est de ne pas laisser un fils qui puisse me succéder sur le trône du Matamba. » Elle se souvenait certainement de ce jour maudit où son fils unique, un bébé de quelques mois qui tétait encore le sein, fut assassiné par les sbires de son frère tant haï, ce tyran qui lui vouait une jalousie féroce.

Par culture-kamite.com

Sources:

Le livre de Sylvia Serbin

Simao SOUINDOULA (Historien. Expert UNESCO C.P. 2313 Luanda (Angola))

Sources: http://reinesheroinesdafrique.doomby.com/pages/recits-des-reines-heroines/nzinga-mbandi-kia-ngola.html

 

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