Que signifie Km.t ?: Nouvelle approche (Vidéo)

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“C’est ici qu’il faut souligner l’abîme qui nous sépare des Africains qui croient qu’on peut se contenter de flirter avec la culture égyptienne. Pour nous, le retour à l’Égypte dans tous les domaines est la condition nécessaire pour réconcilier les civilisations africaines avec l’histoire, pour pouvoir bâtir un corps de sciences humaines modernes, pour rénover la culture africaine. Loin d’être une délectation sur le passé, un regard vers l’Égypte antique est la meilleure façon de concevoir et bâtir notre futur culturel. L’Égypte jouera, dans la culture africaine repensée et rénovée, le même rôle que les antiquités gréco-latines dans la culture occidentale”.

Cheikh Anta Diop, 1981.

La plupart des études qui nous parviennent aujourd’hui concernant la graphie Km.t insistent davantage sur le signe représentant un tas de charbon de bois brûlé (d’après le Wöterbuch derägyptischen Sprache)Certains dictionnaires offrent à ce signe de correspondre à une peau de crocodile. Quoiqu’il en soit, toutes les études s’accordent pour dire que ce signe se traduit par “noir”.

Nous consacrons cette étude nécessairement sommaire à l’image du hibou qui entre dans la construction du nom qui aura servi à désigner non seulement le pays, mais également les habitants de la vallée du Nil.

km.t

km.t

Cette étude philologique débute avec l’origine du mot “hibou” qui se dit owl en anglais. On donne au français “hibou” une origine dans l’onomatopée “hou”, le cri de cet oiseau nocturne.

L’anglais owl “hibou, chouette” dérive de *uw “hibou” fondé à partir de l’indo-européen commun *ul “hurler”.

Ainsi, comme on le voit, le nom de cet oiseau est essentiellement fondé à partir de son cri et du verbe indo-européen *ul qui signifie “hurler”, “crier”. Cette étymologie relativement facile ne tient véritablement son sens qu’à partir des langues négro-africaines, car, en effet, kalaest le terme générique des langues de la cuvette congolaise que traduit le verbe “crier”. Nous aurons notamment le cilùba kàla “crier”, “crier comme le font certains animaux tel que le caméléon ou le hibou”. On retrouve le même terme dans les langues dites indo-européennes :

– Islandais : kal “crier”

– Pehvli (perse) : kala “crier”

– Assyrien : kala “crier”

– Hollandais : kal “crier”

– Hébreu : qol “crier”

– Hébreu : qaal “appeler”, “assembler”

– Anglais : call “appeler”

Nous noterons que le cilùba kàla “crier” et les formes dérivées qui paraissent dans les langues dites indo-européennes, sont en réalité des synonymes pour le proto-bantou *kádà “charbon” qui donne :

– wanzi (Gabon): li.kala “charbon”

– bassa : kôl “charbon”, li.kalâk “charbon ardent”, kala “s’enflammer”, kalak “ébène”.

– lingala : ma.kala “charbon”

– cilùba : di.kala “charbon”

– kikongo : ma.kàla “charbon”

– baate : li.kali “charbon”

Naturellement, la liste est non-exhaustive et chacun pourra faire l’exercice dans sa propre langue.

Ce qui est important ici, c’est moins la relation avec le charbon qui, naturellement, renvoie à la couleur noire, que le registre dans lequel s’établit le terme kala. Ainsi, nous verrons par exemple que ce terme est encore celui qui désigne l’arc dans le Mandé :

– dogon : kala « arc »

– bambara : kala « arc »

– malinké : kala « arc »

– wolof : jala « arc » (k>j)

Pour faire simple, car cette note se veut introductive, il faut retenir que l’arc est le symbole de l’Alliance dans les traditions endogènes des peuples noirs; de fait, jaal signifie “traverser l’eau” en cerma (Burkina), et yaala (j>y) désigne le “charbon” en mbenga (Grands Lacs). Cette image que l’on retrouve avec la “Sortie d’Égypte” est celle d’une naissance qui se dit précisément biali en fang, formé à partir de bial « la pirogue », « la barque ». La naissance est la sortie à la lumière du jour : l’eau et la lumière, autrement dit Tefnout (humidité) etShou (feu), les premières divinités à paraître hors du Noun, sont les conditions de l’arc-en-ciel. Avec jaal “traverser l’eau”, nous reconnaîtrons Râ, ce Grand Dieu, dans sa Barque, traversant le fleuve du Monde souterrain, une image qui résume ces notions. La Barque est une Arche (elle a la forme d’un arc). Le lien que nous suggérons avec la “Sortie d’Égypte” est perçu à travers les langues négro-africaines puisque nous aurons l’aka ngala musa qui désigne “le charbon”, Musa étant le nom arabe de Moïse qu’on aura mis en relation avec le négro-égyptien msw “naître”.

L’Alliance entre la divinité est les Hommes est incarnée par la Naissance :

– bobangi : bota “accoucher”

– lingala : bota “accoucher”

– baate : buuta “accoucher”

– kikongo : wuta “accoucher”

– Eleku : bota “accoucher”

– mbenga : bota “accoucher”

Des termes homonymes de :

– okande : bota “arc”

– kekamba : ota “arc”

– mbosi : ota “arc”

Wutabuuta ou bota est le terme vocalisé tawy dans l’expression sema tawy, qui peut tout aussi bien se traduire par l’Unification des Chasseurs. Le rapport de cette graphie avec la notion d’alliance est perceptible avec les langues du Mandé puisqu’en effet kala est le terme qui permet d’écrire les mots exprimant l’union ou l’entente dans la langue bamanan (bambara) :

– kála : « coudre », « recoudre », « réconcilier »,« raccommoder », « raccorder », « clôturer une concession ».

– kalada : « couture ».

– kalakala : « coudre », « attacher ensemble ».

– sokala : « arc d’habitation ».

Le lien avec l’habitation perçu à travers sokala« arc d’habitation » rejaillit dans le Bassin du Congo où nous retrouvons le proto-bantou *i.kala « s’installer », « demeurer », « s’asseoir », « rester ». Enfin, le Mandé complète le sens de kala « arc » :

– kala gossi : “tir à l’arc”

– kala sama : “bander un arc”

– kalili : “serment”

– kali :« jurer », « faire un serment »

L’expression kala sama “bander un arc” est l’exacte correspondance du négro-égyptiensema tawy.

Le Donsolu Kalikan est précisément le Serment des Chasseurs, acte fondateur de l’Empire du Mali. Cet ensemble de faits montre que le Serment des Chasseurs est en réalité l’acte fondateur (fonder = donner naissance) de toutes les civilisations négro-africaines. L’arc est l’un des symboles de l’Union éthiopienne. Cette mention présente chez Hérodote est résumée par Cheikh Anta Diop :

Hérodote rapporte que les Éthiopiens Macrobiens sont les plus beaux et les plus grands de tous les hommes. Ils sont doués d’une santé à toute épreuve; en leur appliquant le qualificatif de Macrobiens, il veut faire allusion à leur longévité. Le Roi était choisi parmi les plus forts. L’abondance des ressources alimentaires y est symbolisée par ce qu’Hérodote et la légende appellent la Table du Soleil : la nuit, des émissaires du Roi déposent discrètement une quantité de viande bien cuite sur un gazon réservé à cet usage. Au lever du Soleil n’importe quel ressortissant du peuple peut venir profiter de cette nourriture offerte gratuitement et anonymement. Les prisonniers étaient retenus par des chaînes d’or. On comprend les raisons matérielles qui retenaient les Éthiopiens dans leur berceau et les empêchaient de devenir des conquérants. En effet – toujours d’après Hérodote – lorsque Cambyse conquit l’Égypte (-525), il voulut traverser le Désert de Nubie, mais faillit y laisser la vie. Il envoya alors des Éthiopiens ichtyophages comme espions auprès du roi; celui-ci éventa le complot et fit la morale à Cambyse par l’intermédiaire de ses agents dans les termes suivants : Dites au Roi des Perses qu’Amon n’a pas mis dans le cœur des Éthiopiens le dessein d’aller conquérir des terres étrangères; mais qu’il se garde bien de venir les attaquer tant qu’il ne pourra pas bander cet arc. (Diop, 1959).

Le bamanan kali “jurer”, “faire un serment”, correspond au wolof kàl, le nom que porte l’Alliance cathartique ou parenté plaisante dans cette tradition, la Senankuya de l’Empire du Mali. Kàl est le terme consacré à l’Alliance cathartique en wolof (parenté plaisante), kàlsignifie “dire” dans la langue bassa; kààla traduit alliancel’anneau en cilùba. Au Niger, le « don du ciel » est appelé lakkal; cette notion que l’on croit provenir de l’arabe aql« intelligence », « raison », est à mettre en relation avec kàl « dire » en tant que manifestation de l’intelligence et de la raison. En pulaar, lakkal devient hakillo « raison », « bon sens »,« intelligence », « jugement », « sage mesure ».En hausa nous obtiendronshankili, en bamanan hakili. On retrouve le même mot avec le swahili akili traduit parintelligence. La racine kal– ou kil- qui renvoie au charbon, à la braise, est l’élément qui, en définitive, soutient cette étymologie. La relation avec l’intelligence est établi en bamanan puisqu’en effet, kala est le terme qui construit les mots en relation avec l’instruction dans cette langue :

– kalan « chaud »

 kalan : « étude »,« cours », « instruction »

– kalama : « bâtonnet »,« tige », « paille »; origine du grec calamos « roseau ». Le calameest l’outil dont se sert le scribe pour écrire.

– kalanje « lecture »

– kalansun « leçon »

– kalanso « école », « salle de classe »

– kalansoba « université »

Le terme kil(e) désigne le Soleil dans le Mandé (Klε); il s’agit du –clès ou –klès de la langue grecque (ex : Heraclès, Périclès) traduit par gloire,le mot akili « intelligence » fonde probablement Akhilléus (Akili>Achille),héros mythique de l’Iliade d’Homère,ce qui enlève àlakkal toute possibilité d’emprunt à l’arabe, le récit homérique paraissant à une époque où la langue arabe n’est pas formée (les plus anciennes inscriptions en langue arabe datent de 265, l’Iliade est connue depuis750 av. E.E); aquila est le terme générique latin pour désigner l’aigle et les rapaces d’une manière générale, ce qui nous ramène naturellement au faucon Hr (Horus), le visage, celui qui est au-dessus. Le Soleil est appelé La Tête du Ciel en langue fang(« ñlò ndzob »); l’identification du Soleil au visage est manifeste.

Le bamanan kali “jurer”, “faire un serment” correspond aux formes suivantes :

– fang : kal “serment” (pl: minkal)

– yemba : (Ouest du Cameroun) : le.ka “jurer”, e.ka “alliance”, kaa “jurer”.

La forme kaa est celle que nous mettrons en relation avec le bassa kaat “livre”, symbole de l’Alliance ou le bulu (fang) kalate “livre” devenu calathos en grec, le boisseau qui coiffe le dieu Sérapis d’Alexandrie ou encore les déesses Proserpine et Cérès. Cet aspect ne sera pas abordé dans cette note.

Dans la langue bassa, l’autre nom pour désigner le charbon est mal, de là nous obtiendrons le mot “mali”, le mélas de la langue grecque (qui donne mélanine). Ce qui permet de voir que la graphie km.t s’applique effectivement aux populations de la vallée du Nil et non à la terre (noire ?), car le terme Mali est en soi rattaché à l’Empire fondé par Sundjata et non à une quelconque terre noire comme le soutien l’égyptologie occidentale à propos du sens de km.t. En sanscrit kali  “the black one” est le nom d’une déesse majeure dont la particularité est d’être noir charbonné, dans cette langue kali est le féminin de kalah“bleu-noir”, “noir”. Cette relation complète nos considérations au sujet de la graphie km.t. En outre, mali signifie “huile” dans les langues de la cuvette congolaise, et nous rappellerons que l’onction des traditions endogènes des peuples noirs a d’abord et avant tout pour effets de noircir le corps. C’est que ce rappelle Marco Polo au sujet des Dravidiens de l’Inde :

En effet, lorsque les enfants naissent, on les oint une fois par semaine avec de l’huile de sésame, et on les fait ainsi devenir notablement noirs. Car je vous dis que celui qui est le plus noir, on le tient pour plus précieux et plus beau que les autres qui ne sont pas aussi noirs. Et encore vous dis-je une autre chose : car je vous dis que ces gens font portraiturer et peindre tous leurs dieux et leurs idoles en noir, et leurs diables en blanc neige, car ils disent que Dieu et tous les saints sont noirs et que les diables sont tous blancs. Voilà pourquoi ils les font portraiturer et peindre ainsi que vous les avez ouïs. Car je vous le dis, ils font les images de leurs idoles toutes noires. (Polo, 1298)

Le bassa kal “dire” correspond au lingala kama “dire”; deux termes qui servent à désigner le charbon dans les langues négro-africaines. Pour la forme kama nous aurons notamment:

– bambara : kami « braise », kambi « charbon »

– wolof : khem « noir », « charbonner par excès de cuisson »,khemit « résidu charbonné d’une cuisson », khemmel « faire charbonner », khomm « bien cuit », khamb « attiser le feu ».

– peul : kembu « charbon »

– cilùba : kama « sécher », « dessécher complètement ».

– mbochi : i.kama « charbonné ».

– copte : kama « noir »

– mandjakou : kemi « brûlé », kematu « complètement brûlé »

– mossi : kim « brûlé »

– vaï : kempori « noir »

– duala : kamè « ce qui est brûlé », « noirci »

– cerma : cáamá « brûler »

– sérère : tam « brûler » (k>t)

– yanz : kóum « être sec »

– laadi : kem« briller », kam« dégager de la chaleur »

En sosso (Guinée Conakry) kamέ signifie “homme”.

Plus haut, nous avons montrer que le hibou ou chouette, oiseau auquel cette étude est consacrée, renvoie au verbe “crier”. En kikongo, “crier”, “appeler” se dit non pas kalacomme c’est le cas en cilùba mais bokaet nous savons par ailleurs que le terme boga(k>g) est celui qui traduit le mot “arc” dans les langues germaniques; la relation est donc maintenue. En lingala boka signifie “terrain” sans autre qualification liée à la couleur noire, et nous aurons plus généralement :

– lingala : mboka “village”.

– bobangi : mboka “village”

– eleku : mboka “village”

– mbenga : mboka “village”

Ces correspondances offrent au terme mboka de correspondre au négro-égyptien km.t. Toutefois, la traduction de mboka n’admet pas le sens de “terre noire”, mais celui de “village”, c’est-à-dire “lieu aggloméré”; ce qui précise l’erreur qui consiste à traduire km.t par “terre noire”, puisque la graphie en question s’accompagne du signe hiéroglyphique qui permet de distinguer les agglomérations. Cette relation est encore attestée à travers le cilùba kâla “endroit”, qui correspond au yasa (Cameroun-Guinée E.-Gabon) iboko “lieu”, “endroit”, ce qui fait bien de kala un synonyme de bok.Cette relation permet des développements majeurs que nous n’entreprendrons pas dans cette note.

Dans le livre Kongo, nous établissions les origines négro-africaines des fondations de la ville de Rome, cette relation est maintenant confirmée par le verbe “crier” en relation avec le sujet nilotique et les fondations de la Civilisation négro-égyptienne. En effet, le verbe crierdérive du latin quiritare “crier, hurler” qui donne quirito “crier” à partir duquel nous obtenons le mot Quirites “Romains, citoyens romains”, il s’agit bien évidemment d’une relation fonder à partir du négro-africain kala “crier” qui permet également de distinguer le sujet kémite.

Les dictionnaires traduisent Quirites (le peuple romain pris collectivement) par “hommes armés d’une lance”, mais il s’agit là encore d’une relation fondée à partir de l’image du hibou qui se dit mukutè ou mukùta en yasa (Cameroun-Guinée E.-Gabon) notamment; le même terme mukute (a) désigne le hibou en cilùba; or nous savons aussi que le termemukete (a) désigne tour à tour lance et flèche dans les langues de la cuvette congolaise; un terme que nous retrouvons avec l’italien moschetta “flèche (de l’arbalète)” qui donne le français mousquetaire, c’est-à-dire un homme armé d’une lance ou d’une flèche. Cette relation permet d’établir l’origine certaine des fondateurs de la ville de Rome.

À propos du blanc et du noir :

La couleur blanche ne désigne pas les populations eurasiatiques dans les langues négro-africaines; ceux-ci sont classés dans le registre de la couleur rouge. L’exemple du lingala est assez éloquent à ce sujet puisque le mot -tan-é signifie “rouge, clair” et s’emploie pour distinguer l’Eurasiatique, ex: moto mo-tan-é “homme blanc” — la traduction exacte serait “homme rouge” puisque nous aurons par ailleurs makilà ma-tan-é qui traduit “du sang rouge”, mais aussi nswe n-tan-é “cheveux blancs” (= cheveux clairs). Les chroniques négro-égyptiennes nous rappellent que la couleur rouge est effectivement celle qui caractérise les populations eurasiatiques.

La couleur noire désigne par contre les populations négro-africaines à travers le communindo “noir” :

– bassa : màn nhindo “enfant noir”
– lingala : nkoko y-indo “poule noire”, nswe nj-indo “cheveux noirs”
– fang : evindi môt “homme noir”, nsut evindi môt “homme noir très foncé”.
– etc…

Nous avons montré que le terme mwindo “noir”, “source lumineuse”, “chasseur” est la traduction exacte du négro-égyptien que l’égyptologie occidentale traduit par Anous. Cette relation clôt définitivement la question sur l’origine des populations responsables de la Civilisation appelée égyptienne.

Amenhemhat Dibombari
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