Septembre mandingue au Sénégal : C’est le temps du «Kankourang»

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Le septembre mandingue vient de démarrer à Mbour (centre). Pour un mois de bonheur et d’ambiance culturelle. En cette période de l’année, la ville vibre au rythme du «Diambadong» ou de la «danse des feuilles». C’est la convergence vers la capitale de la Petite Côte qui accueille, chaque année, des Sénégalais et d’autres nationalités qui viennent  de tous les horizons, pour communier avec la tradition mandingue. Mais aussi et surtout avec cet être mystique, le «Kankourang». Génie-protecteur des nouveaux circoncis, il les assiste durant leur entrée à la case, jusqu’à leur sortie. Ce, pendant une lune durant laquelle l’apprentissage de la vie d’un vrai homme est passé au crible.

En ce mois de septembre, Mbour est en pleine effervescence constate Times24.info. Venus de diverses régions et d’ ailleurs, la ville est prise d’assaut par plusieurs étrangers, curieux de découvrir les rites initiatiques mandingues.

Depuis des années, c’est la principale attraction dans cette partie de la Petite Côte, en cette période hivernale. C’est à travers la circoncision qu’elle se perpétue au fil du temps.

En effet, plusieurs dizaines de circoncis appelé «djouli» en wolof sont regroupés dans cinq cases appelé «leul».

(Guinaorail) du Diameguene, (Maniangkounda) de Thiocé, (Sadio Kounda) de moussaneté, (Dialema) de Onze novembre et (Santessou) sont sous la protection du masque mystique que l’on appelle communément «Kankourang». Ils seront ainsi soumis à des coutumes purement traditionnelles.

Dans un premier temps, les nouveaux circoncis abandonnent le confort familial pour entrer dans la case ou «leul». Une fois dedans, leur séjour ne sera pas de tout repos, car ils vont être confrontés comme de véritables hommes aux rudiments de la vie.

C’est d’ailleurs le but de cette épreuve, faire d’eux, à la fin de leur séjour qui dure généralement un mois, des hommes avec tout ce que cela comporte, prêt à faire face aux situations les plus difficiles.

A la fin de leurs préparations, avant de retrouver chez leurs parents respectifs, ils vont effectuer un dernier rituel, celui du bain à la mer. Ainsi «purifiés» de tout, ils regagnent leurs cocons familiaux.

Une tradition socio-économique et politique

Durant toute cette phase d’initiation, les jeunes circoncis sont accompagnés par le «Diambadong» où la «danse des feuilles».  Le phénomène est source de curiosité et d’affluence du côté des populations. Seulement, ces dernières années, elle comporte des enjeux politiques et socio-économiques notables. La période de sortie du «Kankourang» est devenue celle de la récupération politique.

Des politiciens en mal d’audience en ont fait un fonds de commerce électoral. Hélas, la tradition est plus forte que les aspirations des suffrages. Aucun clivage politique ne s’est ressenti jusqu’ici dans cette pratique ancienne. Toutes les offres des politiques, visant à caporaliser ou à influencer les communautés mandingues de Mbour n’ont pas eu les effets escomptés. Le côté culturel finit toujours par prendre le dessus.

Les populations mbouroises préfèrent se l’approprier sous un timbre socioculturel et de traditionalisme.

Retombées sur le plan local 

Le «Kankourang», selon la tradition mandingue, sort pour annihiler les pratiques maléfiques et malveillantes des mauvais esprits à l’endroit des initiés. C’est tout un rituel qui accompagne les va-et-vient de ces génies protecteurs. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la sortie du «Kankourang» est une pratique qui génère beaucoup de sous-secteurs. Entre le transport, la restauration, l’hébergement et les spectacles, il faut mettre la main à la poche et casquer fort.

Reste à savoir si les manifestations du septembre mandingue auront des retombées sur le développement local.

Par ailleurs,  nous apprend-on, la consommation de mil grimpe en flèche pendant cette période. Plusieurs tonnes de mil, cuisinés, surnommée «fondé», une bouillie très prisée des circoncis, de leurs maîtres et de l’ensemble des populations mbouroises, sont consommées.

Chaque samedi soir, la capitale de la Petite Côte est submergée de décibels de musique et d’ambiance. Les nuits durant, les populations veillent autour du thé, du lait et autres trucs de grands frères…

Recul de la violence

Sur le plan de la sécurité, les débordements, les dérives et autres entraves à la sécurité des personnes et des biens notés ces dernières années, commencent à régresser. Les dispositions pratiques des autorités administratives et coutumières ont largement circonscrit le problème de la violence. Ce, malgré quelques cas isolés d’agressions.

Au bout du compte, le mois mandingue reste et demeure un phénomène socioculturel, une tradition ancestrale, qui résiste encore à divers tentatives.

Là où l’autorité coloniale n’est  jamais parvenue à  avoir une mainmise.

Le «Kankourang», un gardien mystique et mythique

Constitué d’un costume en fibres rouges façonné à partir d’écorces «Fara Jung» appelé «KankouranFanoo» (le pagne du masque) de la tête aux pieds, le «Kankourang» se munie de deux machettes qu’ils croisent par moments pour créer un bruit grinçant et aussi bien corriger, accompagnateurs, initiés que les potentiels autres cibles…

Il se distingue également par une sorte de cagoule impressionnante sous forme d’une accumulation de fibres attachées qui couvre toute sa face appelé «Jibolo» et une longue corde en fibres tressées attachées à ses extrémités appelée «laroo». Le tout est synchronisé par un cri strident et effrayant qu’il lance par moments, lors de ses déplacements. Il sort presque toutes les nuits sauf jeudi et dimanche où il sort toute la journée entourés de ses compagnons ou «salbés» en wolof.

Etre mythique, gardien des valeurs des peuples mandingues de la Sénégambie, le «Kankourang» apparaît généralement en fin d’hivernage et à l’occasion des cérémonies de circoncision entre les mois d’août et septembre. Fort d’une image populaire et spectaculaire, il joue un rôle important de régulateur de la société. Garant de la sécurité des initiés à l’occasion des cérémonies de circoncision, il chasse les mauvais esprits, assure également la protection des fruits et des productions agricoles, veille sur les comportements, l’environnement et généralement sur la consolidation du tissu social de la communauté.

En plus de cette noble mission de gardien de la tradition, il allie l’agréable utile, en animant un grand spectacle ambulant très festif au rythme du «Diambadong».

Les acteurs de ce spectacle aux allures carnavalesques chantent et dansent au son du «Kutiiroo», du «Junkurado» et du «Sabaroo».

Mamadou Wade

Source: Times24.info

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