Shirley Chisholm, la femme noire qui a visé la Maison Blanche avant Barack Obama et Hillary Clinton

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Décédée trois ans avant la primaire démocrate de 2008 qui vit s’affronter Barack Obama et Hillary Clinton, Shirley Chisholm avait déjà commencé à faire bouger les lignes en 1972. Portrait d’une femme qui avait du cran.

C’était en 2008, à l’heure de la primaire démocrate, et, entre Barack Obama et Hillary Clinton, il n’était pas de petits combats. Serait-il le premier Africain-Américain à porter les couleurs du Parti à la présidentielle ? Serait-elle la première femme ? La question, symbolique, agita un temps le monde politico-médiatique et fit émerger un nom : Shirley Chisholm. Décédée trois ans plus tôt, le 1er janvier 2005, à 80 ans, cette forte tête avait préparé le terrain pour eux deux. En 1972, elle avait été la première Africaine-Américaine à briguer l’investiture démocrate, quatre ans après avoir été la première Africaine-Américaine élue au Congrès.

Shirley Anita St. Hill est née à Brooklyn le 30 novembre 1924. Ses parents étaient arrivés de la Barbade quelques années plus tôt. De leurs trois filles, Shirley est l’aînée. Pauvre, dans l’impossibilité de subvenir aux besoins de ses enfants, le couple les renvoie à la Barbade chez leur grand-mère maternelle en 1929. Shirley reviendra cinq ans plus tard, vouant à Emaline Seale, son aïeule, une reconnaissance éternelle. « Elle m’a donné de la force, de la dignité et de l’amour, dira-t-elle plus tard. J’ai appris très tôt que j’étais quelqu’un. Je n’ai pas attendu que le mouvement noir me l’apprenne. »

« Incorruptible et indépendante »

Shirley St. Hill brille au sein de la Girl’s High School de Brooklyn avant d’obtenir son Bachelor of Arts au Brooklyn College, en 1946. Elle devient Mme Conrad O. Chisholm en 1949 et, tout en enseignant en maternelle, poursuit ses études au Teachers College de la Columbia University. C’est son intérêt pour l’éducation et la santé des enfants qui la font basculer en politique dans les années 1960.

Membre démocrate de l’assemblée de l’État de New York entre 1965 et 1968, elle y remporte une belle bataille en obtenant des droits au chômage pour les domestiques. Sur cette lancée, elle est élue au Congrès comme représentante du douzième district de Brooklyn, portée par le slogan « Unbought and unbossed » (« incorruptible et indépendante »).

Par la suite, elle participe à la création du Congressional Black Caucus et du National Women’s Political Caucus, avant d’annoncer sa candidature à la primaire démocrate le 25 janvier 1972, dans une église baptiste de Brooklyn. Les soutiens sont faibles, les fonds manquent, et elle n’obtient qu’un faible nombre de délégués. Le sénateur George McGovern représentera le Parti à la présidentielle, mais c’est le républicain Richard Nixon qui l’emporte. Chisholm reconnaîtra que sa campagne était perdue d’avance, un acte de pure volonté visant à refuser le statu quo.

Un courage reconnu et admiré

Elle reste néanmoins au Congrès jusqu’en 1983, soutenant les politiques publiques en faveur de l’éducation et de la santé, s’opposant à la guerre du Vietnam et militant pour une réduction des dépenses militaires.

Divorcée en 1977, remariée la même année, elle retrouve l’enseignement au début des années 1980 au Mount Holyoke College (Massachusetts). Ce qui ne l’empêche en rien de soutenir le révérend Jesse Jackson lors des campagnes de 1984 et 1988. Retirée en Floride en 1991, elle s’éteint à Ormond Beach en 2005.

J’ai affronté plus de discrimination en tant que femme qu’en tant que Noire

« Quand je me suis présentée au Congrès, puis aux primaires, j’ai affronté plus de discrimination en tant que femme qu’en tant que Noire, disait-elle. Les hommes sont les hommes. » Lorsqu’il lui remit, à titre posthume, la Médaille présidentielle de la liberté en 2015, Barack Obama eut ces mots : « Quand on lui demandait comment elle voulait qu’on se souvienne d’elle, elle répondait : “J’aimerais qu’on dise que Shirley Chisholm avait du cran.” Je suis fier de le dire aujourd’hui : “Shirley Chisholm avait du cran”. »

Par Nicolas Michel

Source: Jeune Afrique

 

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